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Femmes Cheffes de Foyer en Mauritanie : Résilience dans l'Adversité

Dans une société encore fortement marquée par le patriarcat, un phénomène social discret mais significatif gagne du terrain : l’émergence croissante des femmes cheffes de foyer. Selon des enquêtes indépendantes récentes, environ 30 % des foyers mauritaniens sont aujourd’hui dirigés par des femmes. Ce phénomène reflète une transformation structurelle du rôle genré traditionnel au sein de la famille.

Ce taux en constante hausse résulte de plusieurs dynamiques : les ruptures conjugales, les décès précoces de conjoints, ou encore l’invisibilisation économique de certains hommes, souvent sans revenus suffisants. Face à cette défaillance du soutien patriarcal, les femmes se voient contraintes d’endosser seules la charge domestique et économique du foyer.


Des métiers informels, une dignité préservée

Dans les quartiers périphériques et les zones urbaines marginalisées de Nouakchott, Kaédi ou Sélibaby, on observe une forte féminisation de l’économie informelle. Beaucoup de ces femmes exercent des activités de survie : vente de couscous, de fruits et légumes, teinture artisanale, couture ou petit commerce. Ces formes d’entrepreneuriat de nécessité leur permettent de garantir l’essentiel : nourrir, soigner, scolariser leurs enfants.

Bien que souvent exclues des circuits économiques formels et sans protection sociale, ces femmes font preuve d’une agencéité sociale remarquable. Dans un environnement marqué par la précarité, elles s’imposent comme des actrices de résilience, bravant les contraintes socio-économiques et les injonctions culturelles.

Normes sociales, stigmates et dominations symboliques

Leur combat est loin de se limiter à la sphère économique. Ces femmes évoluent dans une société régie par des normes de genre qui continuent de les confiner à une position subalterne. Elles sont fréquemment confrontées à des stigmates sociaux, aux pressions familiales et communautaires, et à un manque flagrant de soutien institutionnel.

La persistance de la violence conjugale, sous ses formes physique, psychologique et économique, illustre les mécanismes de domination symbolique qui pèsent sur elles. Le mariage, perçu comme un rite de passage ou un statut social indispensable, devient parfois un espace de souffrance. Le divorce, bien qu’émancipateur dans certains cas, reste souvent vécu comme un échec socialement stigmatisé.

Une dynamique qui interroge le modèle social

L’augmentation du nombre de femmes cheffes de ménage soulève des interrogations sur la recomposition des rôles familiaux, la justice sociale et les politiques publiques. Elle met en évidence les failles d’un système où l’État-providence est quasi absent, laissant à ces femmes la responsabilité de compenser les insuffisances économiques et structurelles.

Pour accompagner cette mutation sociale, il devient impératif de promouvoir des politiques publiques sensibles au genre : soutien à l’autonomisation économique, accès élargi à l’éducation et aux soins, protection juridique contre les violences domestiques, et reconnaissance de la contribution invisible des femmes à l’économie nationale.


Les femmes cheffes de foyer ne représentent pas une anomalie sociétale mais bien un nouveau visage de la famille mauritanienne contemporaine. Leur rôle, longtemps ignoré, est aujourd’hui central dans la survie de nombreux ménages. Elles ne sont ni des victimes passives ni de simples survivantes : elles sont des sujets sociaux actifs, des agents du changement et de la solidarité.

À travers leurs trajectoires de lutte et de dignité, se dessine l’ébauche d’une Mauritanie en transition, plus inclusive, plus juste, et peut-être, un jour, plus équitable.

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