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Mauritanie : L’hivernage met en évidence nos vulnérabilités territoriales

Avec les dernières intempéries, plusieurs localités mauritaniennes se retrouvent totalement submergées. Des quartiers entiers sont noyés sous les eaux, des infrastructures endommagées, des familles déplacées, et, tragiquement, des pertes en vies humaines ont été enregistrées. Une fois encore, la saison des pluies agit comme un révélateur brutal de notre fragilité face aux risques climatiques et à l’impréparation structurelle du territoire.

Ce qui se produit aujourd’hui n’est pas un accident isolé, ni une simple manifestation de la nature. C’est le résultat direct de décennies d’aménagements non maîtrisés, de décisions prises sans fondement scientifique, et d’un manque de volonté politique à anticiper les catastrophes.

À Nouakchott, la moindre averse paralyse des quartiers entiers. Les eaux stagnent dans des zones construites sur d’anciens marécages, sans égouts ni systèmes de drainage efficaces. Les habitations, souvent précaires, se transforment en pièges humides, exposant les populations à des risques sanitaires et à l’insalubrité.

Dans le sud du pays, les crues du fleuve Sénégal s’intensifient. Là où existaient autrefois des plaines inondables naturelles ou des ouvrages de dérivation, on trouve aujourd’hui des habitations, des marchés, parfois même des établissements publics. L’eau retrouve ses anciens chemins, balayant tout sur son passage. Les conséquences sont lourdes : routes impraticables, ponts effondrés, maisons détruites, et des familles entières laissées à elles-mêmes.

Ces réalités douloureuses ne sont pas inévitables. Elles reflètent une absence chronique de planification territoriale et une méconnaissance – ou un refus – des règles élémentaires de gestion des risques naturels. En Mauritanie, l’urbanisation s’est souvent faite au mépris des contraintes hydrologiques, avec des constructions dans des zones inondables, sans étude préalable, et sans dispositifs d’adaptation au climat.

Le changement climatique accentue cette vulnérabilité. Les épisodes pluvieux deviennent plus intenses et plus soudains, mettant à rude épreuve des infrastructures déjà insuffisantes ou délabrées. Dans ce contexte, continuer à construire sans tenir compte des données scientifiques revient à aggraver sciemment les dangers auxquels sont exposées des milliers de personnes.

Il est urgent de rompre avec cette logique du court terme. La Mauritanie ne peut plus se permettre de réparer après chaque catastrophe. Elle doit anticiper, planifier, et bâtir en connaissance de cause. Cela implique de réhabiliter les anciens systèmes de drainage, de préserver les zones tampons naturelles, de revoir les politiques foncières, et d’intégrer la cartographie des risques dans toute décision d’aménagement.

La protection des populations ne peut plus dépendre de leur résilience individuelle. Elle doit être garantie par une vision collective, structurée, portée par l’État et les collectivités locales, avec l’appui des scientifiques, des urbanistes, et des acteurs communautaires.

Chaque hivernage emporte son lot de destructions. Chaque année, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Il est temps de rompre ce cycle. L’eau, inlassablement, suit ses chemins. À nous de construire un avenir qui respecte les siens, pour qu’elle n’emporte plus les nôtres.

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