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Médicaments trafiqués : l’amalgame qui met en péril la santé des Mauritaniens
- juin 18, 2025
- 7:26 pm
Ces derniers mois, les saisies de médicaments illégaux se multiplient à travers le pays. Chaque annonce suscite émotion, inquiétude… et souvent confusion. Dans l’opinion publique, le réflexe est devenu automatique : on pense immédiatement à des drogues ou à des produits hallucinogènes. Pourtant, toutes les saisies de médicaments ne relèvent pas de la lutte contre les substances psychotropes. Et cette confusion nuit à la compréhension des enjeux.
Il faut le rappeler avec clarté : la contrebande médicamenteuse en Mauritanie recouvre deux réalités bien distinctes. D’un côté, les médicaments dits hallucinogènes – souvent des psychotropes ou opioïdes – détournés de leur usage médical et vendus illégalement. Leur effet est recherché pour provoquer des sensations d’euphorie, parfois de dépendance. Leur usage incontrôlé met en danger la santé mentale et physique, en particulier chez les jeunes.
De l’autre, un autre danger plus silencieux : les médicaments contrefaits ou de contrebande. Il ne s’agit pas ici de drogues, mais de produits censés soigner – antibiotiques, traitements du diabète, antipaludéens – et qui sont souvent mal dosés, inefficaces, voire dangereux. Ces médicaments circulent en dehors des circuits légaux, échappent à tout contrôle sanitaire, et peuvent causer des échecs de traitement ou des complications graves.
> Propos d’expert – Dr. B.H. (médecin privatiste à Nouakchott)
« Je vois tous les jours des patients qui prennent des médicaments achetés hors pharmacie, croyant faire des économies. Mais ce sont souvent des produits douteux, mal dosés, parfois complètement inefficaces. Il y a des cas où le traitement ne marche pas, non pas parce que la maladie est grave, mais parce que le médicament n’en est pas un. Ce n’est pas seulement une question de commerce illégal, c’est une question de vie ou de mort. »
Ce que beaucoup ignorent, c’est que ces deux types de trafic relèvent de réseaux très différents. Les médicaments hallucinogènes sont généralement écoulés par des filières proches du trafic de drogue classique. Ils relèvent d’infractions pénales lourdes : détention, vente ou distribution de substances à usage détourné.
Les médicaments contrefaits, eux, relèvent davantage de délits économiques et sanitaires : falsification, introduction frauduleuse, mise en danger de la vie d’autrui. Ce sont des crimes graves, mais dont la nature est différente. Les approches policières, judiciaires et sanitaires doivent donc être adaptées à chaque cas.
> À retenir :
Les médicaments hallucinogènes sont détournés à des fins récréatives et relèvent du trafic de drogues.
Les médicaments contrefaits visent un usage médical, mais sont souvent inefficaces ou dangereux.
Deux réalités différentes, deux types de réseaux, deux régimes de sanctions.
Pourquoi cette confusion est-elle si problématique ? Parce qu’elle brouille le message. Chaque fois qu’une saisie est annoncée, une partie du public pense à des drogues, à des trafics de rue, à des jeunes en perdition. Or, il peut aussi s’agir d’une opération contre un commerce illégal de médicaments utilisés dans le traitement de maladies chroniques. Des médicaments qui tuent non parce qu’ils rendent « accros », mais parce qu’ils ne soignent pas.
Cet amalgame empêche une mobilisation efficace contre ces deux formes de criminalité. Il affaiblit la prévention, détourne l’attention du vrai danger, et peut même créer de la méfiance envers les autorités ou les médias si les faits sont mal rapportés.
Pour que la lutte contre la contrebande de médicaments soit crédible et efficace, elle doit s’accompagner d’une communication rigoureuse. Les autorités doivent préciser la nature des produits saisis, les médias doivent éviter les généralisations, et le public doit comprendre que derrière chaque boîte interceptée, il peut y avoir des réalités très différentes.
Ce travail d’explication est indispensable. Car mal nommer les choses, c’est prendre le risque de mal les combattre.
