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Ghabou : l’or mauritanien, entre promesse de développement et répétition d’un vieux paradoxe

L’annonce du démarrage prochain de l’exploitation de la mine d’or de Ghabou, dans la wilaya du Guidimakha, est présentée par les autorités comme une nouvelle étape majeure dans le développement du secteur minier mauritanien. Le projet, porté par SD Mining Ghabou SA, devrait générer entre 1 000 et 1 200 emplois directs et indirects, avec une priorité affichée pour la main-d’œuvre nationale et locale.

Sur le papier, tout semble réunir les ingrédients d’une réussite économique. Pourtant, derrière les discours officiels et les promesses d’emplois, une question fondamentale s’impose : à qui profite réellement l’or mauritanien ?

La Mauritanie demeure l’un des grands paradoxes économiques du continent africain. Son sous-sol regorge de richesses : fer, or, cuivre, et désormais gaz naturel. Les découvertes minières se multiplient, attirant les plus grandes compagnies internationales et des investissements de plusieurs milliards de dollars. Pourtant, dans le même temps, une partie importante de la population continue de faire face à la précarité, au chômage et à l’insuffisance des infrastructures de base.

Ce phénomène est connu sous le nom de « malédiction des ressources ». Il désigne la situation de pays riches en matières premières mais incapables de transformer durablement cette richesse en développement économique et social pour leurs populations.

L’exemple de la wilaya de l’Inchiri est souvent cité pour illustrer cette contradiction. Depuis des années, cette région abrite la mine de Tasiast, l’un des plus importants gisements aurifères de Mauritanie et d’Afrique de l’Ouest. Des tonnes d’or y sont extraites chaque année, générant des revenus considérables. Pourtant, les populations locales peinent encore à percevoir les retombées de cette exploitation à la hauteur des richesses produites.

En dehors des emplois créés directement ou indirectement par la mine, la région ne présente pas toujours les signes d’une transformation économique proportionnelle à l’importance des ressources extraites. Les infrastructures demeurent limitées, les opportunités économiques restent rares et les activités génératrices de revenus indépendantes du secteur minier peinent à émerger. Pour beaucoup d’habitants, la richesse passe sous leurs pieds sans véritablement s’arrêter chez eux.

Cette situation nourrit un sentiment de frustration largement partagé. Comment expliquer qu’une région qui contribue fortement à la production aurifère nationale ne bénéficie pas davantage d’investissements structurants capables de transformer durablement le quotidien des populations ?

La réponse réside en grande partie dans la nature même de l’économie extractive. Les compagnies minières disposent des capitaux, des technologies et de l’expertise nécessaires à l’exploitation des gisements. En contrepartie, elles obtiennent des permis, des avantages fiscaux et des garanties qui leur permettent de rentabiliser leurs investissements. Une part importante de la valeur créée est ensuite transférée vers les sièges sociaux, les actionnaires ou les partenaires étrangers.

L’État perçoit certes des taxes, des redevances et des participations, mais la question demeure celle de la redistribution effective de cette rente. Combien des revenus générés par l’or reviennent réellement aux territoires qui supportent l’exploitation ? Combien sont investis dans les routes, les écoles, les centres de santé, l’accès à l’eau, l’électrification ou la création d’activités économiques durables ?

À ces interrogations s’ajoutent les enjeux environnementaux. L’exploitation industrielle de l’or entraîne des transformations profondes des écosystèmes, une forte consommation d’eau et des risques de pollution dont les conséquences peuvent se faire sentir bien au-delà de la durée de vie des mines. Les populations locales sont souvent les premières exposées à ces impacts, alors même qu’elles ne bénéficient pas toujours pleinement des richesses produites.

C’est pourquoi l’annonce de la mine de Ghabou suscite autant d’espoirs que d’interrogations. Les emplois annoncés constituent une opportunité importante pour le Guidimakha, une région confrontée à de nombreux défis économiques. Mais l’expérience de l’Inchiri montre que la création d’emplois, à elle seule, ne garantit pas le développement.

Le véritable enjeu est celui de la transformation de la rente minière en richesse collective durable. L’or extrait aujourd’hui disparaîtra demain. Les gisements finiront par s’épuiser. Ce qui restera alors devra être visible dans les infrastructures, le capital humain, la diversification économique et l’amélioration des conditions de vie.

Sans une gouvernance rigoureuse, une transparence accrue dans la gestion des revenus miniers et une redistribution plus équitable des bénéfices, Ghabou risque de reproduire un schéma déjà observé ailleurs : des ressources qui quittent le sous-sol mauritanien, des profits qui alimentent des économies extérieures, tandis que les populations locales continuent de chercher, souvent loin de chez elles, les opportunités que cette richesse aurait dû leur offrir.

La véritable richesse de l’or mauritanien ne réside pas dans les tonnes exportées ni dans les bénéfices affichés par les compagnies. Elle se mesure à la capacité du pays à transformer cette rente éphémère en développement durable. À défaut, Ghabou pourrait devenir un nouvel épisode d’une histoire déjà connue : celle d’un pays riche de ses ressources, mais toujours en quête de sa prospérité.

Amadou Diaara

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